Passer l'hiver


Les températures dégringolent, les journées raccourcissent et la luminosité baisse. Cocktail explosif pour ranimer la dépression saisonnière, trouble qui touche environ 5% des Européens, dont une grande majorité de femmes. Saloperie d'hormones...

Les pays nordiques devraient être particulièrement touchés, le soleil ne se montrant pas du tout en décembre dans certaines régions comme en Laponie finlandaise.


Levi, Finlande - décembre 2017 


On n'enregistre pourtant pas plus de suicides à cette époque de l'année. Avec une moyenne de 12 suicides pour 100 000 personnes sur les 5 pays scandinaves réunis, c'est autant qu'en France (source OMS en 2016). C'est gai comme article, hein ?

Quel est donc le secret de nos trolls et elfes préférés pour passer l'hiver ? L'alcool ! Non, je déconne. Quoiqu'une étude récente a établi un lien possible entre la température moyenne, les heures d'ensoleillement et la consommation de breuvages alcoolisés. Cette consommation reste néanmoins plus faible en Suède, Norvège et Finlande qu'en Italie, Grèce ou Malte.


Dans un bar d'Hafnarfjörður, Islande - décembre 2015


L'Islande a longtemps été touchée par la forte alcoolisation de sa jeunesse. Depuis 1997, les autorités publiques ont mis en place une vaste campagne de prévention mettant l'accent sur le sport. Sont alors sortis de terre complexes sportifs et terrains de foot synthétiques, le tout accompagné d'une enveloppe de 300 euros par famille pour toute activité extra-scolaire. Si la nouvelle génération arrive désormais à des hauts niveaux de compétition en handball et football, ça n'est pas par hasard.


Reykjavík, Islande - juin 2018


Le sport est l'une des clés pour ne pas sombrer dans la déprime hivernale. Une de mes amies a vécu 3 ans à Göteborg en Suède. Là-bas, les médecins, avant de vous prescrire des antidépresseurs, vous envoient vous bouger en club.

Dehors ou en intérieur, l'exercice physique a des vertus euphorisantes sur l'organisme, provoquées par l'augmentation du taux d'endorphine dans l'organisme. Été comme hiver, les Scandinaves sont férus de sport. De passage à Stockholm en août 2014, j'ai vu des joggers partout ! J'ai même le souvenir d'un senior faisant des pompes sur une plaque d'égout ou d'une femme traversant un lac à la nage 😂


Baignade à Stockholm, Suède - août 2014


Lors du Nouvel-An 2017, les premières images que les amis que j'emmenais en Islande pour la première fois furent celles de Reykjavikois courant sur des tapis roulants, les grandes baies vitrées des salles de sport donnant sur la rue.

Il n'y a pas qu'en faisant du sport que l'on peut détendre son corps et ainsi ressentir les bienfaits de la relaxation. Passer du chaud au froid en une seconde provoque un sentiment extatique immédiat.

Les Finlandais pratiquent des séances de sauna quotidiennement. Après 10 à 15 minutes dans un bain de vapeur à 60°c minimum, les vaisseaux sanguins sont dilatés et les toxines évacuées. C'est le moment...de se rouler dans la neige ! Le contraste saisissant avec le froid stimule la circulation sanguine, les vaisseaux dilatés se resserrant ainsi brutalement. C'est aussi le meilleur moyen de renforcer votre système immunitaire et passer au travers des virus hivernaux.

Après le sauna finlandais


Les Islandais, décidément les plus farfelus de Scandinavie, le font à l'envers. Si vous êtes de passage à Reykjavík, foncez sur la plage géothermale de Nauthólsvík !

Pour lutter contre la fatigue engendrée par la baisse de luminosité, certains se jettent dans une mer à 2 degrés avant d'aller se réchauffer dans la source chaude tout près. Tous protègent leurs extrémités avec des gants, chaussettes et bonnets étanches, ce qui leur permet même de nager quelques minutes sans être saisis par le froid trop vite.


La plage de Reykjavík, Islande - janvier 2017 

Nauthólsvík et sa source chaude


Une trop forte baisse de sérotonine engendre agressivité, inhibition et manque d'enthousiasme. Le coup de fouet provoqué par une entrée rapide dans l'eau froide redonne de l'énergie et, il faut l'avouer, fait bien rigoler si c'est à plusieurs ! L'impression d'avoir relevé un challenge flatte aussi l'ego et tout est bon à prendre quand le moral flanche.

A défaut de mer glaciale et de source chaude, je pratique la douche écossaise tous les matins. Avec l'habitude, l'eau froide arrive comme un véritable plaisir maintenant.


Baignade du 1er janvier en Islande


L'autre élément naturel permettant de maintenir un moral à peu près stable est l'exposition à la lumière.

Beaucoup de Scandinaves pratiquent la luminothérapie en branchant une lampe forte à proximité de leur visage pendant 1 heure par jour (lors des déjeuners par exemple). Attention ! Cette lumière-là ne vous apporte pas le taux nécessaire de vitamine D comme celle du soleil. Quelle que soit la météo, il est conseillé de sortir au moins 15 minutes par jour, même si le temps est froid ou couvert. La lumière sera toujours plus bénéfique en extérieur qu'en intérieur.

Vous pouvez aussi trouver cette vitamine dans les poissons gras, les Islandais en étant de gros consommateurs. Tous ont l'habitude de compléter leur régime alimentaire avec de l'huile de foie de morue, connue sous le nom de "lýsi".

Vous pouvez en commander depuis la France via le site LYSI, en huile ou gélules (j'ai opté pour la deuxième solution). Ce poisson est également riche en Omega 3, acide aminé qui régule les rythmes chronobiologiques en évitant ainsi coups de pompe et autres sautes d'humeur.


Séchoirs à poissons, Islande - juin 2011 


Tous ces petits conseils devraient aider votre corps à maintenir votre équilibre nerveux au travers de la saison froide.

Souffrant moi-même de dépression saisonnière, j'ai constaté qu'il faut une dizaine de jours pour observer les premiers effets en appliquant tout ça. Ce qui m'aide le plus vite sont mes balades en extérieur. Au bout d'une demi-heure de marche en forêt, même sous la pluie, c'est comme si tous les problèmes du quotidien s'envolaient.

Au retour à la maison, pour éviter de retomber dans la morosité, j'ai créé un cocon danois très "hygge" avec plaids, maille et guirlandes lumineuses. La grisaille devient ainsi mon alliée pour rendre ma maison chaleureuse et accueillir la torpeur de manière positive. Les Finlandais survivent aussi aux nuits polaires en brûlant 6 kilos de bougies par an. Je ne dois pas en être loin.


Mailles islandaises 

Intérieur lapon, Finlande - décembre 2017



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