No pasaran



26/05/15: L'Islande fait sa deuxième révolution en moins de 10 ans et aucun média n'en parle.

Je n'ai aucune formation journalistique mais j'ai envie de vous raconter, avec mes mots, ce qui est en train de se passer là-haut, en toute "clandestinité".

En 2008, l'Islande a été frappée par une crise financière sans précédent depuis son indépendance en 1944.

Pour faire court, en spéculant à outrance sur la pêche, première ressource du pays devant le tourisme, l'économie s'est effondrée après que les banques principales ont fait banqueroute.

L'une des solutions choisies a alors été de dévaluer la couronne islandaise. Dévaluer, pour un individu qui a un crédit, ça veut dire rembourser le même montant accordé par la banque mais avec une monnaie qui vaut beaucoup moins. Je vous laisse imaginer la durée (interminable) du prêt...

Mais l'Islandais est optimiste et attaché à son indépendance. Þetta reddast ! Ca va aller ! comme il dit souvent. Alors l'Islandais a continué de rembourser ses emprunts personnels...mais a puni les coupables de cette situation.

Est alors née la Révolution des Casseroles fin 2008, qui a abouti au non-remboursement par l'Etat de la dette des banques islandaises auprès des créanciers étrangers, ainsi qu'au renversement du gouvernement. Quelques banquiers ont été jetés en prison au passage.

Une nouvelle constitution a été écrite avec l'élection de nouvelles têtes en 2010.

La croissance a repris doucement mais sûrement et l'Islande a fini par sortir la tête de l'eau. A ce jour, le taux de chômage est passé sous la barre des 4% et le pouvoir d'achat a pratiquement atteint son niveau d'avant-crise. Un programme de réduction des dettes a été mis en place pour aider ceux englués dans leurs crédits à cause de la faillite des banques : 74 000 dossiers ont été reçus - le pays compte 320 000 habitants, pour vous donner une idée de la gravité de cette crise.

Pas suffisant pour satisfaire les Vikings.

Parce que lorsqu'on a la confiance de son peuple, on ne le trahit pas. Sauf que le gouvernement en place est déjà bouffé par des affaires de corruption. Heureusement qu'il y a eu Jón Gnarr, l'ancien maire de Reykjavík, pour redorer l'image que j'ai de l'homme politique...

Bref, échaudés par ce qu'ils ont vécu il n'y a pas si longtemps, c'est cette fois "armés" de clés qu'ils se sont rendus hier devant le Parlement, sur la place Austurvöllur, pour manifester leur mécontentement.




En tête de leurs revendications, une revalorisation du salaire minimum de 200 000 à 300 000 couronnes (de 1350 à 2000 euros environ)...ou il faudra rendre les clés du pays. Tout un symbole !!

Des négociations sont actuellement en cours. Mais si aucun accord n'est trouvé, voici ce qui arrivera sur l'île des gens qui ne se laissent pas faire:

2 et 3 juin: pas de bus
4 et 5 juin: hôtels et piscines en grève
5 et 6 juin: trafic aérien touché
7 et 8 juin: les compagnies de transports et les magasins d'alimentation débrayent
9 et 10 juin: prenez de l'essence le 8...
11 juin et après: grève illimitée

Et pendant ce temps-là, le Parti Pirate bénéficie de 32% d'opinion favorable. A bon entendeur !





29/05/15: 4 syndicats ont ratifié un accord sur l'augmentation des salaires. Les préavis de grève sont donc suspendus. Certains syndicats n'ont cependant pas encore signé cet accord. A suivre.

30/05/15 : Un autre groupe d'organisations de salariés de 70 000 adhérents vient de signer un accord pour revaloriser le salaire à 300 000 ISK (2000 EUR) sur 3 ans. Le gouvernement s'engage à alléger l'impôt sur les bas revenus et à accélérer la construction de logements sociaux. Quelques corporations restent toujours en grève (soignants, vétérinaires) et l'équivalent d'ERDF en Islande pourrait rejoindre le mouvement le 10 juin.

13/06/15 : un jugement ayant déclaré la grève des infirmières illégale, elles démissionnent en nombre.

23/06/15 : 10500 travailleurs du secteur secondaire s'apprêtent à entrer en grève pour 7 jours si aucun accord n'est trouvé.

24/06/15 : les travailleurs ont stoppé le mouvement en acceptant une augmentation de salaire de 18% sur 3 ans et la reprise des négociations en 2019. Seuls les vétérinaires maintiennent leur action.


Merci à l'association France-Islande de nous tenir régulièrement informés des derniers événements en cours.