West Side story



Mercredi 29 juin 2016


Cette troisième journée en Islande a été la plus riche en émotions de mon séjour estival.

Parties d'Ísafjörður en matinée avec un ciel enfin dégagé, c'est toutes guillerettes que Caroline et moi avons pris la route des fjords de l'Ouest pour nous rendre à Breiðavík.

Sur la route de Þingeyri


Comparé à la veille, nous dépassons allègrement les 10 degrés et le vent est tombé: c'est avec bonheur que nous enlevons l'imperméable.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, lorsque le soleil brille en Islande, on a souvent cette impression qu'il fait plus chaud que la température affichée. Avec 11 degrés en France, je râlerais dans mon coin. En Islande, c'est juste parfait. Est-ce parce qu'on se prépare mieux vestimentairement qu'on n'a pas froid ? Ou est-ce l'effet de l'endorphine sécrétée par un organisme heureux qui nous fait supporter les caprices du ciel de Thulé ? De toute manière, il serait difficile de se plaindre quand on passe la journée dans un tel cadre.....

Önundarfjörður


Nous déboulons dans le fjord Önundarfjörður et des rires non maîtrisés nous secouent tous les muscles de notre corps. On n'est plus en Islande, là ! Le sable est blond et le reflet du soleil sur une mer bleu tropical nous forcent à remettre les lunettes de soleil. Seuls les chants des oiseaux qui nous sont désormais familiers nous indiquent que si, on est toujours en terre de glace. Je n'avais encore jamais vu de tels paysages sur mon île fantastique !

A l'entrée du fjord se trouve le village de Flateyri. Le guide nous dit que c'est un village sans intérêt. Raison de plus pour y aller ! Les Guides du Routard et autres Lonely Planet, c'est bien pour préparer un voyage mais se rendre compte soi-même sur place de ce qui vaut le coup ou non me semble bien plus judicieux. Heureusement, ma compagnonne de route a le même état d'esprit que moi et c'est un bourg adorable que nous avons découvert grâce à notre appétence pour l'inconnu.

Séchoir à poissons 


















D'un fjord à l'autre, nous arrivons sur le bourg de Þingeyri, village d'où partent bon nombre de randonnées.

Quelques minutes avant d'y entrer, notre joli périple a été entaché par un événement dont nous nous serions bien passé. Un mouton qui broutait tranquillement au bord de la route a subitement paniqué et s'est littéralement jeté sous nos roues. Nous n'avons rien pu faire pour l'éviter, même en roulant bien en dessous de la limite autorisée de 90km/h. Consternation à bord. N'ayant ni la force physique de déplacer son cadavre resté en plein milieu de la route, ni le courage de nous approcher d'une bête morte sur le coup (je vous épargne les détails sanglants), nous avons prévenu la police par téléphone.

S'inquiétant d'abord de savoir comment nous allions et si le véhicule était endommagé, ils nous ont simplement demandé le lieu de l'accident, notre identité et l'immatriculation de la voiture, tout en nous remerciant de les en avoir informés.

Ce type d'accident est très fréquent l'été, quand les moutons sont en liberté dans les vallées pour la belle saison. Si c'est au fermier de s'assurer que les moutons ne soient pas trop près des axes routiers, sachez que c'est quasiment mission impossible tellement le territoire est vaste.



Si cela vous arrive, il faut soit ramener la bête dans la ferme la plus proche ou prévenir la police au 112. Les assurances se débrouillent ensuite entre elles si la voiture est abîmée ou la bête tuée (c'est aussi une perte pour le berger).

Après s'être remises de nos émotions au café Simbahöllin, grâce à l'accueil et l'écoute des employés notamment, nous avons repris la route, les jambes encore un peu mollassonnes.

Simbahöllin 


La route asphaltée des fjords devient piste en terre traversant la montagne, soulevant alors énormément de poussière. Poussière ? Malheureusement non, fumée blanche venant du moteur en surchauffe.

Obligées de nous arrêter, nous sortons du véhicule et ouvrons le capot, sans trop savoir quoi faire. La solidarité légendaire des Islandais n'a pas failli à sa réputation. Spontanément, un Islandais s'est arrêté en pleine côte et passe un coup de fil au garagiste du coin, qui était là en 30 minutes pour secourir 2 bécasses en perdition....

Sans trop savoir si cela était lié ou non au choc avec le mouton, notre sauveur, que nous appellerons Jesús, a diagnostiqué une fuite dans le réservoir d'eau. Pas de chance, nous n'avons qu'une bouteille dans la voiture. C'était sans compter sur les rivières et cascades que l'on trouve un peu partout en Islande. Ni une, ni deux, voilà que Jesús, à défaut de marcher sur l'eau, vide le ruisseau avoisinant de son précieux liquide pour la transférer dans le réservoir.

Après nous avoir conseillé de conduire en mode manuel et non automatique quand les montées sont trop raides et les descentes trop pentues, il est reparti d'où il est venu. "On vous doit quelque chose ?" "Non, c'est l'heure de déjeuner". Hein ?! Réponse loufoque à l'islandaise (ah ah ah !!)



Un œil sur le tableau de bord et l'autre sur le panorama, notre inquiétude s'envolera complètement à l'approche des paysages sauvages de l'Arnarfjörður et de l'étourdissante cascade Dynjandi, tellement parfaits qu'ils semblent irréels ! 

Arnarfjörður
Dynjandi






Borgarfjörður



















Deuxième alerte ! De la fumée sort à nouveau du moteur ! Au vu des kilomètres de pistes désertiques et cabossées avalés après Dynjandi, cela nous surprend à peine - mais nous conforte dans l'idée qu'une corne de mouton a dû titiller le réservoir d'eau.... On sait comment faire cette fois ! Cela n'empêchera pas un papy islandais de stopper son camping-car et de finir à notre place ce que nous avions commencé. Terriblement attachants, je vous dis...

Malgré tout, nous irons voir tout ce qu'on avait prévu de faire, même si avec le recul, ça n'était pas forcément très prudent compte tenu de l'état du véhicule.

La route 612 qui se rend à Breiðavík, en passant par la plage de sable rouge Rauðasandur, est juste défoncée ! On dirait que des millions de météorites s'y sont abattues pendant plusieurs années consécutives. Ça monte, ça descend, ça remue, on passe à peine à 2 voitures, on se fait des frayeurs quand on est à côté du vide mais que c'est beau ! Et récompense ultime, les macareux ardemment désirés par Caroline seront bel et bien présents aux falaises de Látrabjarg, le point le plus occidental d'Europe. Si c'était à refaire, je ne changerais rien à cette journée.

Rauðasandur
Les falaises de Látrabjarg
Macareux à Látrabjarg


La région des fjords de l'Ouest, visitée par seulement 14% des voyageurs en Islande, est un véritable joyau, vraiment différente du reste de l'île.

Bien évidemment, je ne peux que vous inviter à la découvrir. J'y ai passé 4 petites journées et si j'ai vu l'essentiel, je ne pense pas l'avoir vraiment rencontrée. Un retour s'imposera peut-être un jour. Si l'envie vous en prend également, vous trouverez toutes les informations sur cette région, préservée du tourisme de masse (et pour un bon moment à mon avis), sur le site Visit Westfjords.

Bon voyage ! Góða ferð !