Stop ou encore ?


L'Islande est à la mode. Certaines parties du monde autrefois les reines du tourisme étant désormais instables politiquement, les voyageurs se cherchent de nouvelles destinations.

L'office du tourisme islandais a su tirer son épingle du jeu. De nombreux tournages de films et séries ont lieu sur l'île, le pays faisant venir ces équipes en cassant les prix - et en offrant évidemment des paysages hors-normes. Cela met forcément ce coin du globe dans la lumière: Game of Thrones ou Sense 8, pour ne citer que ces séries, y ont élu domicile - sans oublier les blockbusters comme Star Wars VII ou Fast and Furious 8.


Reykjahlið, aux abords du lac Mývatn dans le Nord


De 495 000 curieux en 2010, l'éruption de l'Eyjafjallajökull, aidée des acteurs du tourisme, ont fait venir plus de 2 millions de personnes depuis. Pour une population de 334 000 Islandais et environ 20 000 expatriés, c'est ingérable.

Certains sites sauvages sont depuis aménagés. Des hôtels sortent de terre sur le site de Geysir, la cascade Seljalandsfoss possède désormais un parking payant et celle de Svartifoss, dans le parc national de Skaftafell, voit un pont traverser sa rivière. Ça perd de son charme mais c'est obligatoire pour gérer les flux et protéger cette nature si vulnérable sous ces latitudes.


La cascade Svartifoss à Skaftafell


Cela n'est pas suffisant. La région du Cercle d'Or et la côte Sud étouffent. La plage de sable noir de Reynisfjara est tout le temps bondée par exemple. La différence entre ma venue en juin 2011 et celle d'août 2017 était saisissante !

Reynisdrangar côté Vík, pour éviter la foule de Reynisfjara


À défaut de pouvoir canaliser ces va-et-vient incessants, la presse islandaise essaie tant bien que mal de convaincre les étrangers de mieux se répartir sur tout le territoire. Je sais aussi de source sûre que les locaux attendent avec impatience que l'île retombe dans l'anonymat pour pouvoir profiter à nouveau des splendeurs de leur pays tranquillement.


Stokksnes à l'Est du pays


En attendant, je me joins à la meute pour hurler avec les loups ! Il est matériellement impossible que seules les régions du Sud de l'Islande absorbent 2 800 000 personnes par an à elles seules. L'île est belle partout ! Les péninsules du Nord sont souvent oubliées, les fjords de l'Est qui sont les plus ensoleillés aussi. Quant aux Fjords de l'Ouest, la région la plus sauvage et reculée du pays, elle n'est visitée que par 15% des gens. Dispersons-nous !


Önundarfjörður dans les Westfjords


Les habitants de ces contrées isolées comprennent bien l'urgence de la situation mais sont divisés sur la question. Ils ont peur pour leur nature, de nombreux voyageurs n'ayant pas conscience que la végétation pousse difficilement quand l'été ne dure que 2 mois. Des faits rapportant des ordures disséminées sur les chemins de randonnée ou bien de personnes marchant sur de la mousse centenaire sont devenus fréquents. Plus inquiétant encore, ceux qui pratiquent le hors-piste alors que c'est interdit et dont les sols mettront des années à s'en remettre.


On reste impérativement  sur les chemins en Islande !


Et d'un autre côté, l'être humain reste...humain. La venue des touristes fait rentrer de l'argent dans les caisses: de nouveaux jobs sont créés, les municipalités ont plus de moyens pour entretenir leurs communes, etc.


Le café Simbahöllin à Þingeyri dans les Westfjords 


Les habitants des fjords de l'Ouest, dans leur grande majorité, ne souhaitent pas accueillir plus de monde chez eux. Le climat difficile, la nature intacte et rude, sont pour eux incompatibles avec le tourisme de masse. La pression de l'économie occidentale qui pousse au toujours plus va détruire l'âme des Westfjords.


Sur la route de Látrabjarg dans les fjords de l'Ouest


Et quoi qu'en disent les altermondialistes, l'économie islandaise n'est pas vertueuse et n'emprisonne pas ses banquiers ni ne dégage ses politiciens véreux. Ils sont tous de retour moins de 10 ans après la Révolution des Casseroles de 2008... Elle est ultralibérale et capitaliste, à l'américaine. L'Islandais des villes est pro-business et a une vision à court terme. S'il y a de la croissance à faire, il ira quelles qu'en soient les conséquences. On va donc assister à un combat entre les David des campagnes et les Goliath des voyagistes.

Pour ma part, j'ai pris ma décision. Je ne me sens plus la bienvenue et parallèlement, je ne veux pas participer à cette destruction programmée. À moins d'un manque impossible à gérer, je ne pense pas retourner en Islande avant un bon moment ou alors dans un coin bien paumé loin des touristes ET des Islandais.

Les modes sont faites pour passer, le délai d'attente sera peut-être court. Je regrette l'époque où l'on me demandait ce que j'allais foutre là-bas et en veux aussi énormément aux Vikings qui tiennent un double discours. Nos portefeuilles ont fait du tourisme la plus grande richesse du pays mais rien n'a vraiment été fait pour nous accueillir depuis. Forcément, 8 ans après, c'est le bordel. Mais qui blâmer ? Ceux qui viennent sans vraiment connaître le pays et ses spécificités ? Ou ceux qui ont eu les yeux plus gros que le ventre ?


Le lac Grænavatn sur la péninsule de Reykjanes


Esja


Vendredi 22 juin 2018


Ce que je préfère dans mes très courts séjours en Islande, c'est vivre à la locale sans programme précis, façon slow travel.

J'ai bien conscience que c'est un luxe qu'on peut s'accorder lorsqu'on connaît déjà bien le pays et qu'on n'est donc pas tenté de voir le maximum de lieux en un minimum de temps. C'était ma neuvième fois et la quinzième pour mon amie (!)


2 Frislandaises en Thulé


L'avantage avec Thulé, c'est qu'il y a toujours plein de choses à faire dans un périmètre restreint. 

Logées à Hafnarfjörður chez notre amie commune Caroline, Aurélie et moi avons pris la direction de la montagne Esja à 30 km de là.

La veille, nous avions tölté avec les chevaux de Begga avant d'aller patauger dans les eaux chaudes de Vesturbæjarlaug pour finir la soirée sur la péninsule de Reykjanes. Toujours un truc à faire, je vous dis !


Íslenski Hesturinn
La piscine de Vesturbæjarlaug





La péninsule de Reykjanes en pleine "nuit" d'été islandaise


Esja, vous la connaissez tous si vous êtes déjà allés à Reykjavík. C'est ZE montagne, celle qui fait face à la ville le long du bord de mer, de Seltjarnarnes à l'ouest aux quartiers Est à Laugardalur.


Le massif de montagnes Esja au fond - mai 2015


C'est la randonnée préférée des citadins, celle qui permet de fuir le bitume reykjavikois en moins d'une demi-heure. Les habitants l'appellent d'ailleurs affectueusement "Esjan" pour " La Esja".

Indiquez les coordonnées "Esjustofa" sur le GPS et il vous emmènera au point de départ de la marche. Sur place, un café-restaurant et un grand parking.


Esjustofa


Le restaurant n'est pas toujours ouvert même si ses horaires indiquent 11h30 - 17h30. Le mieux est d'appeler ou de prévoir son repas.

Plusieurs sentiers sont proposés. Nous avons décidé de prendre le sentier bleu et de s'arrêter à Steinn, à 600 mètres d'altitude, le reste du chemin étant pris dans le "súld", le brouillard si typique des reliefs islandais.




Le point culminant est à 914 mètres. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'Islande n'est pas un pays de hautes montagnes. Le mont Hvannadalshnjúkur, sur la côte sud à Skaftafell, est le plus haut avec un sommet à 2100 mètres seulement, loin derrière nos Alpes.

Nous n'avons volontairement pas pris l'accès le plus direct, histoire de faire durer le plaisir en longeant le cours d'eau et ses cascades.


 














Une fois de plus, le capricieux ciel de l'île fantastique s'est amusé à nous chahuter gentiment. 

Je suis partie avec mon lopapeysa, le pull traditionnel en laine lopi. Quand la brume a commencé à faire perler de jolies gouttes sur celui-ci, j'ai enfilé mon coupe-vent. Le brouillard s'est ensuite levé, j'ai eu trop chaud, j'ai enlevé l'imperméable. Il pleuviote, je remets le K-way. Puis j'enfile les gants. C'est qu'on commence à grimper et la température, elle, baisse. Bonnet ! Mes oreilles ont froid. Tout reste néanmoins bien agréable. L'air est pur et j'ai retrouvé mon teint de jeune fille (ou presque).




De ce côté-ci, l'ascension est facile et le sentier bien indiqué. Nous avons juste eu un petit doute après avoir traversé la rivière à pied pour rejoindre le flanc gauche de la montagne, un peu désorientées par une épaisse purée de pois.



Un Viking nous rejoint en faisant son jogging (!), ce semblant de chemin perdu dans les pierres doit être le bon. Bingo ! Il nous conduira bien à Steinn, la "pierre" en islandais.


Steinn dans le brouillard
La preuve





















À l'arrivée, 2 Islandaises pique-niquaient. Normal. D'après Caroline se trouve un livre d'or dans une boîte métallique. C'est vrai ! Sauf qu'il est désormais en lambeaux, humidité oblige.
















Pour redescendre, on suit nos 2 nouvelles copines. Comment font-elles pour être aussi coquettes et bien coiffées en plein effort ? Le mystère islandais…Bref, cette fois, c'est le chemin le plus direct mais aussi beaucoup plus pentu. Je pense que je l'aurais haï en montée.




Hormis la vue sur Reykjavík et sa baie, il est beaucoup moins bucolique que le sentier qu'on a pris, excepté à l'arrivée. Aurélie et moi sommes bien contentes de notre choix initial après avoir joyeusement gambadé entre lupins d'Alaska et fleurs d'angéliques.


Reykjavík et son agglomération dans le brouillard


Malgré une météo un peu bouchée, nous avons vraiment adoré cette ascension revigorante en pleine nature.

Et si vous êtes des touristes qui n'aimez pas les touristes parce que vous ne vous croyez pas vraiment touristes alors qu'en fait vous êtes bien des gros touristes, c'est le spot parfait ! Plus d'Islandais que d'étrangers à 20 minutes de Reykjavík, c'est assez rare pour être mentionné 😉